( 22 mai, 2008 )

Chronologie des opérations du 19 juillet au 10 mai 1871

(D’après l’article de Michèle Battesti dans le numéro n°58 de la revue « Historia ») 

« La guerre en quatre actes… » 

15 juillet 1870 : Guillaume 1er décrète la mobilisation 

17 juillet : l’Italie fait savoir qu’elle ne soutiendra la France que si l’Autriche fait de même et si les troupes françaises évacuent Rome. 

19 juillet : la France déclare la guerre à la Prusse. 

20 juillet : l’Autriche se prononce pour la neutralité. 

24 juillet : appareillage de l’escadre du Nord (vice-amiral Bouët-Willaumez) pour la mer Baltique. 

28 juillet : Napoléon III arrive à Metz pour prendre le commandement de l’armée du Rhin, laissant la régence à l’impératrice Eugénie. L’armée est en cours de concentration dans le plus grand désordre – en deux masses, à Strasbourg avec le général Mac-Mahon, et à Metz 128000 hommes que doit commander Napoléon III. Le 5e corps (général de Failly) assure la liaison. Elle compte 285000 hommes. 

Acte I : la défense des frontières 

2 août : les opérations s’ouvrent par une initiative française – la seule de toute la campagne -, le IIe corps (général Frossard) s’engage en Sarre jusqu’à Sarrebruck tandis que Molke passe à l’offensive avec trois armées bien regroupées qui vont affronter les corps d’armée français dispersés. 

4 août : la IIIe armée surprend à Wissembourg (Bas-Rhin) une division du Ier corps (général Abel Douay). Surclassée en nombre, celle-ci se défend avec acharnement ; son chef tué, elle évacue la ville dans la soirée. Au lieu de retraiter vers les Vosges, le général Mac-Mahon regroupe les forces d’Alsace dans l’attente de l’appui du Ve corps, qui ne vint jamais. 

5 août : évacuation de Rome par les Français. 

6 août : une initiative du IIe corps bavarois déclenche la bataille de Froeschwiller (Woerth). Les « Turcos » de Mac-Mahon conservent leur position grâce à la précision de tir des chassepots, mais ils risquent d’être encerclés. La charge de cuirassiers de la brigade Michel, puis celle de la division Bonnemains ne peuvent les dégager, écrasées par l’artillerie prussienne. Les combats sont très meurtriers : chaque camp dénombre entre 10000 et 11000 hommes mis hors de combat. Mac-Mahon est obligé d’évacuer l’Alsace. Le même jour, le scénario se reproduit à l’identique à Forbach (Spicheren). Le IIe corps, installé solidement, est attaqué par une division de l’armée Steinmetz. Frossard réclame le soutien de Bazaine tandis que les Prussiens se renforcent. Le soir, n’ayant pas obtenu l’aide de Bazaine, Frossard décroche de Spicheren sans que le rapport de force justifie un tel mouvement. Les Français comptent 4000 tués et blessés ; les Prussiens 5000. La nouvelle de ces revers entraîne la chute du ministre Ollivier. 

10 août : le nouveau gouvernement dirigé par le général Cousin-Mautauban, comte de Palikao prend des mesures pour tenter de sauver la situation, comme l’appel de la classe 1870. 

12 août : Bazaine prend le commandement de l’armée du Rhin réduite aux corps d’armée de Lorraine, Mac-Mahon assure le commandement des trois corps en retraite depuis l’Alsace vers le camp de Châlons-sur-Marne. 

Acte II : anéantissement de l’armée impériale 

14 août : Bazaine prend la route de Verdun lorsqu’il entre contact avec les avant-gardes de l’armée Steinmetz. Sans ordre, le général von der Golz engage le combat à Borny, qui se solde par un décrochage prussien. Ce succès tactique a des effets pervers en retardant le mouvement de Bazaine et en informant Moltke sur la situation de l’adversaire sur la rive gauche de la Moselle. La IIe armée accélère le mouvement en direction de Pont-à-Mousson pour traverser la Moselle et déborder par le sud les forces de Bazaine. 

15 août : proclamation du blocus des côtes allemandes, en mer du Nord et en mer Baltique. 

16 août : les Prussiens surprennent le gros de l’armée française à l’aube encore en bivouac. Une sanglante bataille de douze heures s’engage sur un front de 11km entre Gravelotte-Rezonville et Mars-la-Tour : 16000 hommes sont mis hors de combat dans les deux camps. Bazaine prend la décision très controversée de se replier sur Verdun pour s’y ravitailler. 

18 août : à Saint-Privat, 220000 prussiens s’opposent à 125000 Français dans la bataille la plus sanglante de la guerre. Seules l’artillerie prussienne et l’intervention d’une division saxonne contraignent les 38000 hommes de Canrobert, n’ayant reçu aucun renfort de Bazaine, à se replier sur Woippy. Les pertes des Prussiens s’élèvent à 20000 hommes tués et blessés, celles des Français 13000 et 5000 prisonniers. 

20 août : les Allemands coupent  la voie ferré Metz-Thionville. L’encerclement des 170000 hommes de Bazaine est achevé. Pendant  que l’armée du Rhin est en train de se laisser neutraliser, le gouvernement Palikao organise la défense de Paris dont le général Trochu est nommé gouverneur. Simultanément, il constitue une nouvelle armée  à Châlons-sur-Marne, sous le commandement de Mac-Mahon, comprenant deux nouveaux corps d’armée formés d’unités transférées d’Algérie, de régiments de marche et des débris des trois corps d’Alsace ayant rallié à pied ou par voie ferrée. Cette armée est tiraillée entre les ordres contradictoires  de Napoléon III qui veut la ramener à Paris et du gouvernement qui veut l’envoyer à la rencontre de Bazaine qui est censé échapper à l’encerclement. 

21 août : Mac-Mahon commence par faire mouvement vers Reims avant de recevoir l’ordre de Palikao de se diriger vers l’est. Il parvient. A Argonne le 26, mais la IIIe armée et la IVe armée menacent son flan droit. Moltke peut anticiper les mouvements des troupes françaises grâce aux journaux parisiens, en particuliers Le Temps, qui ne pratiquent pas la censure. Mac-Mahon, conscient de la menace, veut s’y soustraire en rejoignant Mézières. 

28 août : Mac-Mahon reçoit l’ordre de reprendre la route de l’est. 

30 août : à Beaumont-en-Argonne, le corps de Failly est mis en déroute (5000 hommes hors de combat). Mac-Mahon renonce à passer la Meuse et décide de s’abriter à Sedan. Une armée de 125000 hommes parvient ainsi dans la cuvette de Sedan. Elle est acculée à la frontière belge par la IIIe armée qui coupe la route de Mézières et par la Ive armée bloquant celle de Montmédy. 

1er septembre : Mac-Mahon est blessé dès le début de l’engagement ; il est d’abord remplacé par Ducrot, puis par Wimpffen à la requête de ce dernier bien qu’il ne connaisse rien du théâtre des opérations. Malgré les charges de cavalerie des généraux Bonnemains et Margueritte à Floing, malgré le sacrifice de la division coloniale de Vassoigne à Bazeilles, l’armée de Châlons, accablée par les tirs concentriques de 800 pièces d’artillerie, cesse le feu sur ordre de l’empereur qui se constitue prisonnier de « son frère ». Napoléon III est enfermé à Wilhemshöhe, ancienne résidence westphalienne de son oncle, le roi Jérôme Bonaparte. 

2 septembre : le général Wimpffen signe la capitulation de Sedan (83000 hommes, 400 canons, 12000 chevaux). Le corps d’armée du général Vinoy, parti de Paris pour renforcer les troupes de Mac-Mahon, n’a pu y parvenir et a fini par rebrousser chemin. 

Acte III : les républicains poursuivent la guerre 

4 septembre : déchéance de Napoléon III et proclamation de la république ; constitution d’un gouvernement de la Défense nationale sous le gouvernement du général Trochu. Le nouveau gouvernement prend des mesures pour organiser la résistance de Paris et poursuivre la guerre à outrance. « Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresse » (déclaration du 6 septembre). La saignée des troupes se poursuit avec la capitulation progressive des places fortes de l’est de la France, à l’issue de sièges de plus ou moins longue durée. 

9 septembre : combat de Châtillon (Hauts-de-Seine). Début de l’investissement de Paris. Ses fortifications lui assurent un « espace vital » puisque la ligne d’encerclement des Prussiens, parvenus au terme d’une marche méthodique de deux semaines, s’étire sur 150 à 170 km de circonférence. Les conditions sont précaires en raison de la présence de deux millions d’habitants, parmi lesquels 200000 banlieusards réfugiés dans le camp retranché. La stratégie de Moltke consiste à renforcer l’investissement de Paris en laissant pourrir la situation dans la capitale isolée et à tenir éloignées, voire à détruire, les armées qui tenteraient de s’en approcher pour rétablir les communications. Toutes les tentatives de sortie de l’armée de Paris (400000 hommes) se soldent par un échec. 

23 septembre : capitulation de Toul. Combat de Villejuif. 

27 septembre : interruption de toute communication entre Paris et la province. Capitulation de Strasbourg sous les bombardements après un siège de deux mois et demi. Le lendemain, les troupes victorieuses entrent et cantonnent chez l’habitant. Les jours suivants, les autorités civiles allemandes s’installent. 

7 octobre : Léon Gambetta quitte Paris en ballon pour Tours. Il met sur pied les armées nationales (achat d’armes à l’étranger, mobilisation de 600000 hommes âgés de vingt à quarante ans), composées de douze corps d’armée armés de 1400 canons. 

13 octobre : perte d’Orléans. 

27 octobre : capitulation de Metz, une véritable catastrophe qui neutralise 173000 hommes (dont 6000 officiers et trois maréchaux) qui sont envoyés en captivité avec 56 drapeaux, 1600 canons et 250000 fusils, et que sept corps d’armée allemands sont libérés. 

28 octobre : combat du Bourget. 

30 octobre : reprise du Bourget par les Prussiens. 

4 novembre : début su siège de Belfort. 

5 novembre : le général d’Aurelle de Paladines reçoit l’ordre de reprendre l’offensive. 

8 novembre : capitulation de Verdun. 

9 novembre : combat de l’aviso française, le Bouvet, et de la canonnière prussienne, le Meteor, seul engagement naval de la guerre livré au large de La Havane et qui se solde par « match nul ». 

9-10 novembre : capitulation de Neuf-Brisach. Victoire de Coulmiers ; Aurelles de Paladines contraint les Bavarois à abandonner Orléans. 

14 novembre : nomination du général d’Aurelles de Paladines au commandement de l’armée de la Loire. 

18 novembre : nomination du général Faidherbe commandant de l’armée du Nord. 

24 novembre : capitulation de Thionville. Marche en avant de l’armée de la Loire. La stratégie  de Gambetta et de Freycinet est de lancer l’armée de la Loire vers Paris, en combinant cette offensive avec une percée de l’armée de Paris. Mais simultanément  le dispositif prussien s’étoffe : la 1er armée couvre l’investissement de Paris au nord en marchant sur la Somme. La IIe armée (Frédéric-Charles) arrive dans la région de Montargis-Pithiviers avec plus de 110000 hommes s’interposent entre l’armée de la Loire et Paris. 

27 novembre : bataille de Beaune-la-Rolande. 

30 novembre : franchissement de la Marne par l’armée de Paris (200000 hommes). Entre Neuilly-sur-Marne et Champigny, l’armée de Paris parvient à occuper la première ligne des Wurtembergeois, mais au prix de pertes considérables qui nécessitent une trêve pour relever morts et blessés. 

Acte IV : derniers sièges et chute de Paris 

2-3 décembre : à la nouvelle (fausse) d’une percée de l’armée de Paris, le général Aurelles de Paladines reçoit l’ordre de faire mouvement en direction de Pithiviers, puis de la forêt de Fontainebleau. A Loigny et Pathay, la IIe armée prend l’avantage et rejette les corps d’Aurelle au sud de la Loire. La bataille de Champigny tourne à la défaite. Les conditions météorologiques  sont particulièrement rudes, il fait -10°C, le général Ducrot ordonne la retraite de l’armée de Paris. 

4 décembre : défaite devant Orléans et chute de la ville. Destitution du général Aurelle de Paladines. Les efforts pour sauver Paris sont abandonnés. Mais à partir de l’armée d’Aurelle, Mac-Mahon constitue la IIe armée de la Loire (Chanzy) et l’armée de l’Est (Bourbaki) qui devient l’instrument de son deuxième dessein stratégique : débloquer Belfort et couper les communications allemandes en Alsace. 

5 décembre : chute de Rouen. 

6-10 décembre : défense des lignes de Josnes par Chanzy. 

8-9 décembre : reprise d’Amiens par l’armée du Nord. 

12-14 décembre : capitulation de Phalsbourg et Montmédy. 

19 décembre : repli de Chanzy sur le Mans. 

21 décembre : échec d’une nouvelle tentative de sortie de l’armée de Paris vers Saint-Denis et Ville-Evrard. 

23 décembre : l’armée du Nord bat les allemands à Pont-Voyelles. Nouvelles pertes d’Amiens (Somme). 

2 janvier 1871 : capitulation de Mézières. 

2-3 janvier : l’armée du Nord remporte une nouvelle victoire à Bapaume. 

4 janvier : la corvette prussienne Augusta défraye la chronique navale en capturant deux caboteurs et un petit bâtiment de servitude dans l’embouchure de la Gironde. Les pertes françaises sont minimes, mais le retentissement considérables. 

5 janvier : début du bombardement du sud de Paris. 

9 janvier : les 100000 hommes de l’armée de l’Est, transportés par voie ferrée, depuis Bourges et Nevers jusqu’à Châlons et Besançon, progressent à pied sous la neige vers Belfort défendue par Denfert-Rochereau. Ils remportent un succès d’avant-garde à Villersexel. Capitulation de Péronne.  11-12 janvier : la IIe armée de la Loire, battue au Mans, retraite vers la Mayenne. 

16 janvier : arrivée de Chanzy à Laval, son armée est réduite à 20000 hommes. 

15-17 janvier : l’armée de l’Est se heurte au général prussien Werder à Héricourt et commence à se débander. Elle est contrainte de se replier vers Besançon. Mais le général prussien Manteuffel lui coupe la route de Besançon-Lyon, l’acculant à la frontière suisse. 

18 janvier : à Versailles, proclamation de Guillaume Ier, empereur d’Allemagne. 

19 janvier : l’armée du Nord est vaincue à Saint-Quentin, mais la résistance de Faidherbe vaut aux départements du Nord et du Pas-de-Calais d’échapper à l’occupation ennemie. A Paris, la dernière tentative de sortie à Montretout-Buzenval est particulièrement meurtrière. Trochu démissionne. Les négociations d’armistice s’imposent par la « force majeure ». 

22 janvier : échec d’une insurrection parisienne. 

27 janvier : capitulation de Longwy. Bourbaki ayant tenté de se suicider, il est remplacé par le général Clinchamp qui négocie le passage en Suisse des débris de l’armée de l’Est. Seules Belfort et l’indomptable Bitche, assiégée depuis août 1870, résistent encore. 

28 janvier : Paris capitule. Signature de l’armistice à Versailles. 

1er février : début de l’internement de l’armée de l’Est en Suisse. 

8 février : élection d’une assemblée nationale. Victoire des conservatoires. 

12 février : réunion de l’Assemblée. 

17 février : Adolphe Thiers est désigné chef du gouvernement provisoire. 

18 février : Denfert-Rochereau évacue Belfort sur l’ordre du gouvernement. 

26 février : signature des préliminaires de paix à Versailles. 

1er mars : entrée des Prussiens dans la capitale. 

3 mars : évacuation de la capitale par les Prussiens. 

10 mai : traité de Francfort 

21-28 mai : la « semaine sanglante », écrasement par les « Versaillais » de la Commune de Paris. 

29 juin 1872 : convention sur la libération des départements occupés. 

16 septembre 1873 : évacuation de la France par les Allemands. 

4 Commentaires à “ Chronologie des opérations du 19 juillet au 10 mai 1871 ” »

  1. Logeard Patrice dit :

    Un grand coup de chapeau pour ce travail, précis et juste, ce qui n’est pas si évident… Sur cette période où il faut croiser sa documentation, certaines légendes ont la vie tenace.Suite a la biographie du général Lebrun, je recherche toute information sur le général Doutrelaine, né à Landrecies en 1820. Merci beaucoup
    P Logeard. (Je réponds à toute question sur la vie du général lebrun)

  2. Logeard Patrice dit :

    Bonjour, je suis vraiment désolé, je viens seulement de découvrir votre message du 12 juillet 2008, je suis confus.
    Bien sûr vous pouvez puiser à votre guise ce qui vous intéresse dans mon site sur le général Lebrun. Pour le visualiser au complet cliquer sur messages plus anciens ou sur rechercher le blog.
    J’ ai par ailleurs commencé une nouvelle biographie sur le général Doutrelaine commandant le génie du 7em corps en 1870, également natif de Landrecies (59) si cela vous intéresse je vous communique un résumé de sa carrière.
    Au plaisir de vous lire.
    Bien à vous respectueusement.
    P Logeard

  3. faivre dit :

    je voudrais savoir si mon arriere grand-père né le 27.3.1834 à Audincourt( faivre georges louis). Il avait 36 ans en 1870. A t-il été appelé a la mobilisation pour cette guerre?
    Merci de me donner des détails à savoir qui a participé à cette guerre en ce qui concerne les classes de soldats.
    Merci de votre réponse,bien cordialement.
    christian faivre

  4. antan dit :

    Bonjour,

    il faudrait connaitre sa situation familiale. L’armée étant de métier et vu l’^age de arrière grande-père à l’époque, il a pu ^etre incorporé dans la garde nationale qui était formée de tous les citoyens de 16 à 60 ans ou Les gardes mobiles, appelés « mobiles », corps constitué d’hommes de 20 à 40 ans, réservistes venant de toutes les régions n’ayant pas effectué leur service militaire mais qui étaient soumis à des périodes de préparation militaire.

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