( 30 mai, 2008 )

L’état-Major français

L’état-major français 

L’état-major qui a été créé en 1839 comprenait huit maréchaux, quatre-vingt généraux de division et cent soixante généraux de brigades. Seuls quatre maréchaux commandaient un corps lors des hostilités : Mac Mahon (1er Corps), Bazaine (3e Corps), Canrobert (6e Corps) et Leboeuf (3e Corps). 

L’état-major français n’est plus habitué à manœuvrer de grandes unités et abandonne l’initiative des opérations aux généraux allemands. Cette armée performante dans les différentes expéditions comme la conquête de l’Algérie, désapprend dans le même temps les formes européennes de guerre en se coupant des progrès issus de la révolution industrielle car il faut compter sur l’influence pernicieuse des guerres coloniales : supériorité facilement acquise sur des adversaires archaïques grâce aux technologies occidentales, prééminence du courage et du choc tactique avec mise en œuvre de manœuvres simples. La guerre contre l’Autriche, en 1859, n’a pas arrangé les choses, non plus que celle de Crimée ou la désastreuse expédition du Mexique. Le général Bazaine, excellent combattant, bon meneur d’hommes sera incapable de diriger une armée qui se retrouve face à de grandes unités prussiennes, forte de milliers d’hommes, bien organisés et menant des opérations concertées car Molke a lui, entre autres, un sens de l’organisation hors pair. Il sait donner des directives simples et claires à son état-major, avec des objectifs à long terme, tout en laissant aux échelons intermédiaires une grande liberté d’action car il est sûr de leur adhésion à ses vues et à ses principes. 

D’ailleurs, peu avant la guerre, Napoléon III organise au camp de Châlons un exercice auquel sont conviés des officiers prussiens. Commentaire des visiteurs : « C’est très beau, mais ce n’est pas la guerre ! » Or ils savent de quoi ils parlent puisqu’ils viennent de remporter la victoire de Sadowa contre les Autrichiens ! 

Là où les Français persistent à glorifier le commandement de type « héroïque » en refusant presque systématiquement l’intellectualisme pour un culte infantile de l’action,  les Prussiens ont compris la complexité et l’extension des opérations modernes que l’on qualifie de « scientifique » non seulement dans le domaine technologique mais aussi dans celui des pratiques de commandement, menée par une bureaucratie possédant suffisamment de « recul » – dans tous les sens du terme – par rapport à la ligne de contact. Même si une grande partie des généraux français combat avec une vaillance exceptionnelle, payant à chaque instant de leur personne, on attend d’abord d’un officier général qu’il commande et coordonne au sein de son état-major, pas qu’il se batte comme un lieutenant. Entre le 4 août et le 2 septembre seize généraux sont tués et quarante cinq blessés. 

Cette « bureaucratie » prussienne, formidable « cerveau militaire » rendu nécessaire par les guerres de l’ère industrielle est à la fois une immense machine administrative et organisationnelle et un formidable laboratoire d’idées où la théorie, l’histoire et la géographie militaire sont à l’honneur, le grand état-major élabore les plans et formule les ordres en lieu et place du monarque, dont la compétence et les aptitudes sont reconnues comme limitées. Ce qui n’est pas le cas de Napoléon III qui commande en personne et interfère dans la chaîne de commandent. Malgré le caractère éminemment aristocratique et conservateur de l’armée prussienne, tout officier intellectuellement brillant et ayant fait ses preuves peut y servir, sans qu’il soit exigé de lui une ascendance noble. Et il doit au préalable avoir servi en unités opérationnelles, à l’inverse de ce qu’on constate dans le corps d’état-major de l’armée française, où l’on peut servir quasiment sans discontinuer depuis sa sortie de Saint-Cyr. Afin de disposer d’un vivier de cadres de qualité, Molke crée en 1859 la Kriegsakademie, institution à même de fournir les officiers du grand état-major et les commandants des grandes unités (armées, corps d’armées, divisions, brigades), et où prime une formation intellectuelle orientée sur la pratique ; ce système est encore renforcé par la pratique d’un véritable « contrôle continu » imposant une sélection permanente parmi les rares élus.   

Grâce à elle, les Allemands disposent de chefs remarquables : Le Hanovrien réformateur Scharnhorst ; le Silésien Clausewitz, qui dissèquera la stratégie napoléonienne, en démontera les rouages, en dégagera les leçons et les principes, insistera sur l’initiative et le goût des responsabilités ; l’Autrichien Gneisenau ; le Sudète Bayen ; le Westphalien Grolmann ; le Saxon Müffling ; le trop ardent Steinmetz. Tous, issus de la petite noblesse pauvre, lecteurs passionnés du discours à la nation allemande de Fichte, paru en 1807, aux goûts simples, ascétiques même, d’influence luthérienne, épris de rigueur, de grandeur, de Perfection travaillent avec acharnement la théorie, puis son application à la pratique. Leurs cadets ont l’expérience des guerres de 1863 et de 1866. Tous ont suivi attentivement notre campagne d’Italie de 1859 pour déterminer nos lacunes et nos points forts. Ce sont des pragmatiques. Aussi construisent-ils leur armée en fonction de la nôtre, afin de mieux nous battre lors d’une guerre à laquelle ils aspirent de toute leur âme. Les chefs des trois premières armées allemandes connaissent de longue date leur mission, leurs moyens, leurs objectifs. Ils étudient le terrain de leurs futures opérations et préparent en conséquence leurs plans 

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