( 28 juin, 2008 )

Carl Philip Gottfried (ou Gottlieb) von Clausewitz

Biographie

 Il est issu d’une famille d’origine silésienne (Oberschlesien) de la classe moyenne qui revendique cependant des origines nobles. Son père a reçu une commission d’officier pendant la guerre de Sept Ans mais il est démis de ses fonctions à l’issue du conflit, en raison de sa modeste extraction. Cette noblesse n’est reconnue qu’en 1827. Il commence comme cadet (Fahnenjunker) et élève officier (Offizieranwarter) en 1792 au 34ème Régiment d’Infanterie à Potsdam. Il participe aux campagnes de la première coalition en France durant les guerres révolutionnaires (1792-1794). Il reçoit son baptême du feu au siège de Mayence (1793). En 1795, il rejoint la garnison de Neuruppin où il est promu lieutenant. Il profite de la vie de garnison pour satisfaire sa curiosité intellectuelle et perfectionner ses connaissances dans de nombreux domaines. Il est admis à l’académie militaire de Berlin en octobre 1801. L’établissement est dirigé par Scharnhorst qui devient son mentor et son protecteur. Il sort en 1804 parmi les meilleurs de sa promotion. Il est nommé aide de camp du prince Auguste de Prusse. Il participe aux campagnes de 1806. Il est capturé par les Français à l’issue de la bataille d’Auerstaedt le 14 octobre 1806 et passe deux ans en captivité, en France et en Suisse.  Il est libéré en 1808. Il devient l’assistant de Scharnhorst en 1809 en vue de la réorganisation de l’armée prussienne. En 1810, il est promu major, nommé professeur à l’académie militaire et devient responsable de la formation militaire du prince héritier de Prusse, le futur Guillaume Ier. Il se marie avec Marie comtesse von Brühl. En 1812, refusant la collaboration militaire avec les Français, il quitte la Prusse et rejoint l’armée impériale russe. Il laisse au prince héritier un ouvrage « Des principes de la guerre ». Il participe à la campagne de Russie et parvient à retourner les généraux prussiens notamment le corps d’armée du Général Yorck contre les Français. Il devient alors officier de liaison russe auprès de l’état-major de Blücher puis chef d’état-major de la légion germano-russe. En 1814, il réintègre l’armée prussienne avec le grade de colonel. Il participe à la campagne de Waterloo en tant que chef d’état-major du 3e corps d’armée prussien du général Thielmann.  En 1816-1818, il est membre de l’état-major du général Gneisenau à Coblence. En 1818, il est promu major-général et est nommé directeur de l’administration de l’académie militaire de Berlin, poste qu’il occupe jusqu’en 1830. Ecarté de l’enseignement, il met ces années à profit pour se consacrer à l’étude et à la rédaction de son œuvre. En 1830, il est nommé chef d’état-major de l’armée de Gneisenau, levée pour surveiller et contenir la révolution polonaise. Il meurt le 16 novembre 1831 à Breslau des suites du choléra contracté sur le champ de bataille.  Entre 1832 et 1837, sa femme Marie fait publier son œuvre. 

Une référence universelle en matière stratégique 

Les écrits de Clausewitz sont une base majeure de la théorie stratégique moderne. Ses idées suscitent toujours des nterprétations parfois contradictoires et d’ardentes discussions.  Dans un premier temps, l’œuvre de Clausewitz n’était pas destinée, à l’origine, à être publiée. Son traité majeur De la Guerre (Vom Kriege) est avant tout une compilation d’écrits épars. Toutefois, cette imperfection n’empêche pas son œuvre d’être une des plus réalistes et des plus complètes en matière de stratégie. Dans un deuxième temps, les notions qu’il aborde dépassent largement le simple domaine militaire et influencent un grand nombre de sciences humaines en particulier la science politique ou l’économie.  Dans un troisième temps, ses théories sont essentiellement descriptives. Il ne cherche pas à imposer des solutions qu’il aurait découvertes dans toutes ses campagnes, mais il donne au lecteur des instruments conceptuels et dialectiques extrêmement puissants pour saisir toute la complexité de la stratégie et pour gérer l’incertitude. C’est ce qui a permis à son œuvre de traverser deux siècles et d’être toujours pertinente. Les controverses qui entourent son œuvre résident principalement dans l’interprétation des notions qu’il développe et dans l’importance que chacun des lecteurs a apporté à tel ou tel concept pour soutenir ses propres théories. C’est ce qui explique que tant de personnes aussi diverses que le duc de Wellington, Moltke (l’ancien), Liddell Hart, J.F.C. Fuller, Lenine, Hitler, Mao Tsé Toung, Patton, Dwight Eisenhower, Henry Kissinger, Raymond Aron, René Girard, etc. l’aient considéré comme une référence intellectuelle essentielle. 

( 26 juin, 2008 )

Louis-Jules Trochu

Louis-Jules Trochu (né le 12 mars 1815 au Palais sur Belle île en mer, décédé le 7 octobre 1896 à Tours. Issu de l’école de Saint-Cyr et de l’école d’application d’état-major, il sert en Algérie, en Crimée, en Italie et devient général en 1866. En 1867 il écrit un livre où il critique et dénonce la mauvaise organisation de l’armée de Napoléon III, ce qui entraîne sa disgrâce mais, une certaine popularité acquise grâce à son livre, le fait nommer gouverneur de Paris le 17 août 1870. A la proclamation de la République, le 4 septembre 1870, Trochu devient président du gouvernement de la Défense nationale. Paris est assiégé par les prussiens depuis le 19 septembre, les parisiens qui refusent  la capitulation  réclament une «sortie torrentielle» pour dégager la capitale mais Trochu reste persuadé que la défense de Paris est vouée à l’échec. Le 31 octobre 1870, devant son inertie, les parisiens manifestent et demandent sa démission. Il réussit à se maintenir et déclare «Le gouverneur de Paris ne capitulera pas.» Sous la pression de l’opinion publique, et celle de son gouvernement, le général Trochu décide une sortie le 19 janvier 1871. C’est un échec complet et les gardes nationaux subissent de lourdes pertes lors de la bataille de Buzenval. Écarté et remplacé par le général Vinoy, Trochu démissionne le 22 janvier 1871. Raillé pour son fameux «plan secret» jamais mis en œuvre et qualifié par Victor Hugo de «participe passé du verbe trop choir» Trochu, après un très court mandat de député, se retire et quitte la scène politique en 1872. Il meurt à Tours en octobre 1896. 

( 26 juin, 2008 )

Gaston de Galliffet

Gaston de Galliffet né le 23 janvier 1830, mort à Paris le 9 juillet 1909. Elève peu brillant, il obtient un baccalauréat ès lettres en 1846. En 1848 il s’engage dans la cavalerie, devient brigadier en 1849, sous-officier en 1850 et sous-lieutenant en 1853. Il combat pendant la guerre de Crimée se distinguant particulièrement à Sébastopol et est cité à l’ordre de l’armée. Nommé lieutenant en 1857 il part en Algérie, devient capitaine et officier d’ordonnance de l’empereur Napoléon III en 1860. En 1863 il est promu chef d’escadron et officier de la légion d’honneur. Il participe à l’expédition du Mexique, est cité à l’ordre du corps expéditionnaire et est très gravement blessé au siège de Puebla (19 avril 1863). Rétabli il retourne au Mexique où il est nommé lieutenant-colonel en 1865. De nouveau il est cité à l’ordre du corps expéditionnaire en février 1867. Il obtient les grades de colonel en 1867 et de général (30 août 1870). Pendant la guerre de 1870 il commande la brigade de cavalerie qui charge à Sedan. Revenu de captivité il participe en tant de commandant de brigade de cavalerie de l’armée de Versailles à la répression de la Commune de Paris. Il se distinguera dans cet exercice par sa férocité et sa  cruauté au point d’y gagner le sinistre surnom de « marquis aux talons rouges » (de sang). En 1873 il est promu commandeur de la légion d’honneur et général de division en mai 1875. Grand officier de la légion d’honneur et distingué par Léon Gambetta il est nommé gouverneur de Paris. Galliffet devient grand-croix de la légion d’honneur en 1887 et ministre de la guerre dans le gouvernement de Waldeck-Rousseau en 1898 et démissionne en 1900. Retiré dans la vie privée il meurt en juillet 1909. 

( 26 juin, 2008 )

Jean Auguste Margueritte

Jean Auguste Margueritte né à Manheulles (Meuse), mort en Belgique, le 6 septembre 1870. Résidant depuis l’âge de 8 ans en Algérie où son père est gendarme, il s’engage à 14 ans et devient brigadier puis sous-lieutenant à 17. En 1842, après la dissolution de son régiment, il se réengage comme simple soldat au 4ème régiment de chasseurs d’Afrique. A 20 ans il a 4 citations  à son actif et il obtient la légion d’honneur, de 1862 à 1864 il participe à l’expédition du Mexique dont il revient avec le grade de colonel et 5 citations. En 1867 il devient général de brigade à l’âge de 44 ans. En 1870 il participe à la guerre contre la Prusse et est nommé général de brigade. A la tête de ses troupes, il est mortellement blessé par une balle reçue dans la mâchoire lors de la charge de Floing (Bataille de Sedan) le premier septembre 1870. Il ne peut être sauvé et meurt le 6 au château de Beauraing en Belgique. 

( 26 juin, 2008 )

Félix Douay

Félix Douay, né le 14 août 1816 à Paris mort le 5 mai 1879. Il s’enrôle dans l’Infanterie de marine à 16 ans et après six ans d’engagement il est nommé sous-lieutenant en octobre 1838. Il devient lieutenant en 1840, capitaine en janvier 1843, chef de bataillon en juillet 1849, lieutenant-colonel en janvier 1853 et colonel le 26 juin 1855. Il sert en Algérie de mars 1845 à juin 1848. Il est cité à l’ordre de l’armée d’Afrique pour sa belle conduite dans la défense de Mostaganem. Il repart en Algérie de 1850 à 1853 puis sert en Crimée de 1854 à 1855. Il devient général de brigade le 10 juin 1859 lors de la campagne d’Italie. Il part au Mexique de 1862 à 1867 où il obtient le grade de général de division le 14 janvier 1863. De retour en France, il est aide de camp de l’Empereur d’avril 1868 à juillet 1870. Au début de la guerre de 1870 il est commandant du 7ème corps de l’armée du Rhin. Il est fait prisonnier à Sedan le premier septembre 1870 et reste en captivité pendant 6 mois puis se retire à Lusigny dans l’Eure et Loir. En avril 1871 il est nommé au commandement du 4ème corps d’armée qui doit reprendre Paris aux insurgés de la Commune. Il devient inspecteur général des corps d’armée et responsable des première, deuxième et troisième régions militaires le 11 février 1879. Il meurt le 5 mai 1879. 

( 26 juin, 2008 )

Pierre Louis Charles de Failly

Pierre Louis Charles de Failly né le 21 janvier 1810 à Rozoy-sur-Serre (Aisne) mort à Compiègne le 15 novembre 1892. Sorti sous-lieutenant de Saint-Cyr en 1828, il devient lieutenant en 1830. Il est impliqué dans l’affaire de la rue Transnonain, répression sanglante d’une émeute républicaine à Paris le 15 avril 1834, où hommes, femmes et enfants sont massacrés à coup de baïonnette. Il sert en Algérie de 1830 à 1831 et de 1851 à 1854. Il est nommé colonel au mois d’août 1851 et général de brigade le 29 août 1854, il fait la campagne de Crimée et revient général de division. Après la Campagne d’Italie, il est nommé (le 25 juin 1859) grand-officier de la Légion d’honneur. En 1867, avec le corps expéditionnaire de Rome, il défait Garibaldi à Mentana. Il reçoit la médaille militaire en décembre 1868 devient sénateur et aide de camp de l’empereur. En 1870 il commande le 5e corps d’armée. Son immobilisme et son commandement maladroit laisse écraser le maréchal de Mac-Mahon à Reichshoffen, le 6 août 1870. Le 30 août 1870, malgré les avertissements des habitants il se laisse totalement surprendre à Beaumont en Argonne, près de la Meuse, au moment où ses soldats sont au bivouac. La division de Failly écrasée, découvre le corps principal de l’armée et sa déroute précipite le désastre de Sedan où il est fait prisonnier le 2 septembre 1870. Libéré en avril 1871, il finit sa vie dans la retraite et meurt à Compiègne en novembre 1892.   

( 25 juin, 2008 )

Charles Denis Bourbaki

Charles Denis Bourbaki né le 22 avril 1816 à Cambo mort le 27 septembre 1897. Son père, un colonel grec, est tué en 1827 pendant la guerre d’indépendance de la Grèce. Bourbaki fait l’école de Saint-Cyr et rejoint les zouaves en 1836. En 1838 il est lieutenant dans la légion étrangère, capitaine des zouaves en 1842, lieutenant-colonel du premier zouave en 1850, colonel des turcos en 1851 puis brigadier général en 1854. Pendant la guerre de Crimée il commande une partie des troupes algériennes et s’illustre à Alma, Inkerman et Sébastopol. Il est nommé général de division en 1857, et exerce un commandement à Lyon  en 1859. En 1870 il est le commandant de la garde impériale de Napoléon III. Après la reddition de l’empereur à Sedan et la proclamation de la République, Léon Gambetta lui donne le commandement de l’armée du Nord, puis il est transféré à l’armée de la Loire qui devient ensuite l’armée de L’Est. À la tête de l’armée de l’Est, il tente de lever le siège de Belfort, remporte une victoire à Villersexel le 11 janvier 1871 mais, après trois jours de combats sur la Lisaine, il bat en retraite. L’excès de prudence de Bourbaki qui surestime l’adversaire lui fait abandonner le combat sans avoir lancé toutes ses forces dans la bataille. Il retraite vers Besançon mais est contraint par le général allemand von Manteuffel de replier son armée épuisée (il ne reste plus que 84000 hommes sur 150000) vers la frontière suisse. L’armée de l’Est est alors désarmée et internée en Suisse. Désespéré Bourbaki tente de se suicider le 26 janvier 1871 en se tirant une balle dans la tête mais la balle dévie et lui laisse la vie sauve. Rétabli, Bourbaki quitte la Suisse et revient en France. En juillet 1871 il commande à nouveau à Lyon, et devient gouverneur militaire. En 1885 il présente sa candidature au Sénat mais n’est pas élu. Il meurt en septembre 1897. 

( 25 juin, 2008 )

Antoine Alfred Eugène Chanzy

Antoine Alfred Eugène Chanzy né à Nouart (Ardennes) en 1823 mort en 1883. Fils de militaire il s’engage comme mousse à 16 ans sur le navire « le Neptune » mais renonce bientôt à la marine pour s’engager au 5ème régiment d’artillerie. Il entre à Saint-Cyr en 1841, en sort bien classé, est nommé aux zouaves et part en Algérie où il exerce divers commandement pendant 16 ans. Il est colonel en 1864, général de brigade en 1868 et général de division en octobre 1870. Pendant la guerre franco-prussienne il commande le 16ème corps d’armée de la première Armée de la Loire et combat à Coulmiers et Patay. Nommé commandant en chef de la seconde armée de la Loire le 6 décembre 1870 il résiste bien mais battu au Mans le 12 janvier 1871, il doit battre en retraite vers la Mayenne. En 1873 Mac-Mahon le nomme gouverneur de l’Algérie, sénateur en 1875 il devient ambassadeur en Russie en 1879. Retourné à la vie militaire en 1881 il commande le 6ème corps à Châlons. Il meurt subitement le 5 janvier 1883. 

( 25 juin, 2008 )

François Achille Bazaine

François Achille Bazaine né à Versailles le 13 février 1811, mort à Madrid le 23 septembre 1888. Engagé en 1830 au 37ème régiment de ligne il sert ensuite dans la légion étrangère en Algérie puis en Espagne. Il est nommé colonel en 1850, général de brigade en 1854 et général de division en 1855. Il commande les troupes de l’expédition du Mexique et se distingue à la bataille de Puebla. Le 12 août 1870 il est nommé commandant en chef de l’Armée du Rhin. Le 16 août 1870 pendant la bataille de Mars la tour il ne poursuit pas un combat qui aurait pu être décisif et se replie sur Metz où il se laisse enfermer avec une armée de 180 000 hommes. Après la bataille de Sedan Bazaine capitule (27 octobre 1870). La reddition de Bazaine libère les troupes allemandes qui assiégeaient Metz et leur permet de poursuivre le combat en faisant front à l’Armée de la Loire. Accusé de trahison par Gambetta, le maréchal est traduit devant les tribunaux à son retour de captivité en 1873. Il est condamné à mort mais sa peine est commuée par Mac-Mahon en 20 ans de prison. Il réussit à s’évader de sa prison de l’île Sainte Margueritte en 1874 et à se réfugier à Madrid où il meurt en 1888. 

( 25 juin, 2008 )

Otto von Bismarck

Otto Eduard Leopold von Bismarck – Graf von Bismarck, puis Fürst von Bismarck-Schönhausen, Herzog von Lauenburg – comte de Bismarck, puis prince de Bismarck-Schönhausen et duc de Lauenburg (1er avril 1815 — 30 juillet 1898) fut chancelier du royaume de Prusse de 1862 à 1890. Il unifia l’Allemagne par une série de guerres et devint le premier chancelier (1871 – 1890) de l’Empire allemand. Homme politique conservateur, aristocrate et monarchiste, Bismarck combattit le mouvement social-démocrate montant des années 1880 en interdisant plusieurs organisations ; il institua une retraite obligatoire et une assurance santé et accident pour les travailleurs avec pour but recherché de calmer la classe ouvrière et de la dissuader de rejoindre le mouvement socialiste. 

Sa jeunesse 

Il est né à Schönhausen, domicilié à Kniephof en Poméranie. Son père, Ferdinand von Bismarck était militaire et sa mère Wilhelmine Mencken originaire d’une famille de notables. Son grand-père paternel était disciple de Jean-Jacques Rousseau. Il eut une sœur, Malwina (diminutif Malle) avec qui il eut beaucoup de relations et une correspondance importante ; c’est dans une lettre qu’il lui écrivit qu’on trouve la phrase fameuse : « Lieb doch den Polen, weil sie schön sind (Aimez les Polonais, parce qu’ils sont beaux) ».  Après avoir reçu sur l’insistance de sa mère une instruction secondaire classique et non par précepteur comme cela se faisait à l’époque, il étudia le droit à Göttingen et Berlin, où il fit preuve de peu d’assiduité ; il n’en sut pas moins se cultiver lui-même : Alexandre de Hohenlohe restait stupéfait devant le nombre de livres qu’il avait lus dans sa jeunesse et les citations qu’il était capable de faire dans la langue originale. Il fut ensuite nommé à la préfecture d’Aix-la-Chapelle, où il connut diverses aventures. À la mort de sa mère en 1839, il se dévoue à la gestion du domaine familial, mais s’ennuie. Il trouve un poste d’intendant des digues, où il fait preuve d’un rare engagement. En 1843 il rencontre Marie von Thadden, l’amour de sa vie, déjà mariée à l’époque. Elle meurt en 1846. Par amour pour Marie et à sa demande, Bismarck épouse sa meilleure amie Johanna von Puttkamer en 1847. De leur longue et heureuse union naquirent trois enfants. Toutefois Johanna s’intéresse peu aux mondanités et à la politique, qui accapare de plus en plus son mari, et c’est sa sœur Malwina qui joue le rôle de conseillère. 

Une influence croissante 

Délégué à l’assemblée des États Provinciaux de Prusse, il se heurte de plein fouet aux mouvements nationalistes et révolutionnaires qui embrasent l’Europe. Ils atteignent la Prusse le 18 mars 1848, et le 19 le roi Frédéric-Guillaume IV est fait prisonnier à la suite d’un accident malheureux. Bismarck l’apprend, sa réaction est si violente qu’il va jusqu’à obtenir une entrevue avec Augusta, la reine mère, afin d’assurer la Régence. Augusta refuse, il en résulte une haine qui dura jusqu’à la mort de celle-ci. Suite à cet épisode où Bismarck s’est mis en porte à faux avec le pouvoir, il est écarté de la politique temporairement. Déjà il fait preuve de cet attachement à la Prusse, mais pas à la monarchie absolue, qui dirigea toute sa politique.  Heureux de la défaite des mouvements révolutionnaires de 1848, il est élu au Parlement prussien en 1849. Désigné pour représenter la Prusse à Francfort, Bismarck se persuade peu à peu qu’une nation allemande unifiée derrière la Prusse est un objectif important (c’était à l’époque considéré comme un point de vue libéral). Il s’agit de la réalisation de la vision d’une Kleindeutschland (petite Allemagne) à majorité protestante dominée par la Prusse, par opposition à l’idée de Grossdeutschland, à majorité catholique avec l’Autriche, qui, si elle était présente, deviendrait la puissance dominatrice, avec le même rôle que celui qu’elle tient dans la Confédération. Il s’oppose à la politique étrangère prussienne exécutée par le ministre Radowitz, qui vise à créer l’Union, une Confédération germanique sans l’Autriche, car il sait que son retour est inéluctable. Il est même un farouche défenseur de l’Autriche, et applaudit « la reculade d’Olmutz » en 1850 par laquelle l’Autriche ordonne la démission de Radowitz et rétablit la Confédération. Il est ensuite nommé ambassadeur à Francfort dans le cadre de la Confédération, et chargé de rétablir les bonnes relations avec l’Autriche. Mais c’est impossible et Bismarck s’applique alors à réduire l’influence de cet Empire. Il sait qu’il n’y a pas de place en Allemagne pour deux grandes puissances et se rallie à la solution Petite Allemagne. Il cherche l’alliance française à partir de 1856 pour permettre un affrontement austro-prussien qu’il juge inéluctable. Il devient ambassadeur de Prusse en Autriche, puis en Russie, en 1859 puis à Paris en 1862, où il rencontre de nombreuses fois Napoléon III. Le 26 juin 1862, invité à un déjeuner par ce dernier, l’empereur lors de la promenade dans le parc lui suggère une alliance, entre la France et la Prusse, il se déroba et écrivit dans ses mémoires : « Avant-hier, chez l’empereur, je me suis trouvé dans la situation de Joseph avec la femme de Putiphar. Il avait sur la langue les propositions les plus impudiques ; si je l’avais un peu encouragé dans cette voie, il se serait exprimé plus nettement. C’est un fervent champion de l’unité allemande, réalisée à l’exclusion de l’Autriche. » Le Parlement et le roi Guillaume de Prusse se méfient de lui comme de la France, ennemie traditionnelle de la Prusse. En 1862, le roi Guillaume de Prusse lui confie les postes de Premier ministre et de Ministre des Affaires étrangères de Prusse, à la suite du conflit entre le Parlement, de plus en plus libéral, et le roi, déclenché par une réorganisation de l’armée. Pendant 4 ans, après dissolution, au mépris de la constitution de 1850, la crise parlementaire est réglée.

 L’artisan de l’unification de l’Allemagne 

Bismarck réussit à unifier l’Allemagne en menant une série de guerres. Pour que ces guerres ne dégénèrent pas, Bismarck développe une politique de rapprochement avec la Russie, qu’il juge indestructible du fait de sa grandeur, le Second Empire et l’Angleterre. À l’intérieur il doit lutter dans un premier temps contre l’assemblée hostile à sa politique étrangère, mais aussi contre son souverain, qu’il réussit à manipuler. En premier lieu, en coopération avec l’Autriche, le Schleswig et le Holstein (voir Schleswig-Holstein) sont pris au Danemark (guerre des Duchés) ; un traité de paix est conclu à Vienne le 30 octobre 1864. Dès 1865, il fait pression sur l’Autriche afin de laisser la Prusse s’occuper de ces terres du Nord.  Puis, en 1866, prétextant une mauvaise gestion des Duchés, il attaque l’Autriche et l’emporte rapidement à la bataille de Sadowa, annexant Hanovre, Hesse-Cassel, Nassau et Francfort à la Prusse et créant la Confédération d’Allemagne du Nord (voir Guerre austro-prussienne). Le 26 juillet, quelques jours après la victoire prussienne à la bataille de Sadowa, l’empereur Napoléon III avait confié à l’ambassadeur de Prusse à Paris qu’il ne voyait aucune objection à l’annexion du Hanovre et de la Hesse « jusqu’au chiffre de quatre millions d’habitants ». Mis au courant, Edmond Drouyn de Lhuys, le ministre français des Affaires étrangères, confia à ses proches : « Maintenant, il ne nous reste plus qu’à pleurer. » Après avoir provoqué la France (dépêche d’Ems), la guerre franco-prussienne est déclenchée en 1870 et les États de l’Allemagne du Sud, considérant la France comme l’agresseur, soutiennent militairement la Confédération d’Allemagne du Nord. La France subit une défaite humiliante et Guillaume Ier se fait acclamer Empereur d’Allemagne à Versailles en 1871. Le traité de paix signé permet à l’Allemagne d’annexer l’Alsace (hors Belfort) et la Moselle, qui deviennent terre d’empire (Reichsland) d’Alsace-Lorraine, bien commun à l’ensemble des États allemands. Cependant cette dernière guerre provoque une grande réaction patriotique française, qui fait prédire à Bismarck la Première Guerre mondiale.  Bismarck est donc le principal artisan de la création de l’Empire allemand de 1871, dirigé par la Prusse et excluant l’Autriche. 

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Au sommet de sa puissance   

Acclamé comme un héros national, Bismarck devient le premier Reichskanzler (chancelier) du nouvel Empire. Dans sa politique extérieure, il se consacre à maintenir la paix entre les grands empires (France, Autriche, Allemagne et Russie). Il est particulièrement habile à manœuvrer pour empêcher tout rapprochement entre ses ennemis. À cet effet il crée des alliances diverses entre l’Autriche et la Russie. Les contemporains de l’époque se moquaient de ces alliances à répétitions, et de sa « politique de cabinet ». Ses systèmes d’alliances sont nommés Systèmes Bismarckiens. Intérieurement, il est aux prises avec la montée en puissance de deux nouveaux partis : le Parti du centre catholique (Zentrum) et la Parti social-démocrate (SPD), sans oublier les Lorrains et les Alsaciens protestataires. Le Kulturkampf, campagne contre le catholicisme et la minorité polonaise qui démarre en 1872, est un énorme échec. Il attaque les sociaux-démocrates de deux manières : le parti et ses organisations sont interdits, alors que les classes ouvrières sont calmées par une législation (très progressiste) garantissant la retraite et une assurance contre maladies et accidents. Il fonde toutefois le Mark en 1873, réorganise l’armée d’Empire et la justice d’Empire. 

La chute   

 La chance qui avait toujours servi Bismarck tourna brusquement. « Le moment vint, écrit Alexandre de Hohenlohe, où « rien ne voulait plus réussir à l’homme d’État vieillissant » ; il est caractéristique que Jacques Bainville, qui nous présente Bismarck comme l’homme d’État n’ayant connu que des succès, s’abstient de nous parler de lui après 1880. Dans ces années pourtant, Guillaume 1er, affaibli, le laisse gouverner à sa guise, et sa place de chancelier n’est plus menacée ; elle pourrait l’être sous le règne de son successeur à qui son mariage avec une princesse anglaise a donné des idées libérales ; mais le futur Frédéric III n’est pas si hostile qu’on le dit ; n’écrit-il pas en 1886 à Bismarck ces lignes caractéristiques :  « Étant donnée l’importance de la tâche qui peut être dévolue au prince [le futur Guillaume II], je considère comme nécessaire qu’il étudie avant tout la situation intérieure de son pays et la connaisse à fond, avant de s’occuper en quoi que ce soit de politique avec sa tendance à juger rapidement et même avec précipitation. Il y a encore des lacunes dans ses connaissances. Il manque, pour le moment, d’une base solide et il est absolument nécessaire que ses connaissances soient développées et complétées. Ce but serait atteint si on lui donnait un « instructeur civil » et si, en même temps, ou plus tard, on l’occupait dans un des ministères administratifs.  Mais étant données la maturité insuffisante et l’inexpérience de mon fils aîné, unies à sa tendance à la présomption et à une trop grande estime de soi, je considère véritablement comme dangereux de le mettre, dès à présent, en contact avec les questions extérieures ». Il ne se serait pas confié ainsi à un homme qu’il aurait haï, et l’on voit qu’il s’inquiète beaucoup plus de son fils que du chancelier.  Mais Frédéric III meurt après quatre-vingt-dix-neuf jours de règne et c’est Guillaume II qui lui succède, enragé d’avoir été tenu si longtemps en laisse et impatient de gouverner lui-même. Les jours de Bismarck à la chancellerie sont donc comptés bien qu’il ne s’en rende pas compte ; il aurait voulu, a-t-on dit, que son fils lui succédât. Vrai ou faux, le bruit arrive aux oreilles de l’empereur qui confia au prince Chlodwig de Hohenlohe au cours d’une chasse : « Il s’agit de la question suivante : dynastie Hohenzollern ou dynastie Bismarck ». L’occasion est donnée par les élections de 1890 où le centre catholique et les sociaux-démocrates réalisent tous deux une percée ; Bismarck doit se retirer sur les instances du Kaiser Guillaume II, monté sur le trône en 1888. Cette retraite permet à la France de nouer des liens plus étroits avec la Russie et le Royaume-Uni. Bismarck passe les dernières années de sa vie à écrire ses mémoires, et à s’opposer à la politique de Guillaume II, qui tente une réconciliation, que Bismarck repousse. Il s’éteint en 1898 à Friedrichsruh. Sa mort est toutefois troublée par une tentative de récupération par la propagande de Guillaume II.  Bismarck est incontestablement l’homme de l’unification, doté d’une analyse remarquable du problème que posait cette dernière. Son réalisme lui fait profiter de toutes les occasions favorables pour atteindre son but. Les historiens allemands considèrent de nos jours que son amour pour la Prusse eut des conséquences néfastes. L’Allemagne se coupait définitivement des Allemands autrichiens, la domination de la Prusse renforçait l’isolement des États du Sud. Enfin la guerre de 1870 donnait à l’Empire un ennemi obstiné et extrêmement dangereux : la France, qui toutefois ne fût pas à la hauteur. 

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